Sarma, déesse du givre
Résumé : Sarma est le froid qui recouvre Ziven quand Narvë exprime sa colère. Sa mère souffle le vent austral sans discontinuer depuis qu'elle hait le sous-continent, mais un vent ne prend personne : c'est sa fille qui prend. Ce qu'elle prend est délimité, et il faut le dire précisément parce que personne ne s'en console : ceux qui vivent sur Ziven et que Ziven ne peut pas retenir.
Elle est née d'une vengeance et n'a été élevée pour rien d'autre. Narvë avait donné à Gidhun tous les enfants des eaux du dedans ; quand elle a su ce qu'il avait fait avec Negovara, elle est allée trouver Khaz, et de lui elle a eu Sarma. Le père n'a rien élevé, la mère a élevé une rancune, et la fille tient de l'une le froid et de l'autre la patience de la pierre. L'ordre et le désordre ne l'intéressent pas plus l'un que l'autre : elle ne punit rien, ne récompense rien, ne demande rien.
C'est pourquoi elle n'a ni clergé, ni temple, ni offrande. On ne la prie pas d'épargner quelqu'un, ce serait supposer qu'elle choisit. On la nomme, et la nommer est une façon de dire qu'on a compris qui manquera au dégel.
Les marges froides
Sa saison est Sniegapacha, la saison de la neige, et son domaine suit le froid plutôt qu'une frontière. Le plateau d'Onalpita, dont les hivers glacés gèlent ce que l'automne n'a pas épuisé, est ce qu'elle tient le plus fermement, et c'est là qu'on la nomme le plus souvent. Au sud de Khazal, les Feux Longs de Diular guettent la banquise pour d'autres raisons, mais leurs veilleurs savent aussi ce qui arrive à qui s'endort entre deux postes. Au cap Poorv, où le vent austral ne faiblit jamais et où le froid tue aussi sûrement que les mines, les évadés du bagne lui reviennent presque tous. Les glaces du sud de Tharvell et les sapinières gelées de la forêt d'Idgar ferment le compte.
Elle ne descend pas sur les côtes abritées. À Grimstad, que le plateau protège des vents de sa mère, on connaît son nom sans avoir jamais eu à s'en servir.
Le cairn manqué
Ziven n'accorde qu'une chose, et c'est de la lumière : le cairn s'allume pour qui a prié assez fort, et il y a de quoi marcher dessus. C'est tout ce que le sol peut faire sans se mêler de la querelle qui se joue au-dessus de lui, et cela suffit la plupart du temps.
Sarma prend le reste. Ceux qui n'ont pas vu le cairn, ceux qui l'ont vu trop tard, ceux qui se sont assis à mi-chemin. Les gens du plateau le formulent sans amertume et sans accuser personne, parce qu'il n'y a personne à accuser : la terre a fait ce qu'elle pouvait, et elle n'a pas pu.
Les enfants de Sarma
Ceux qu'elle prend ne s'en vont pas tous. Une part reste sur place, dans le gel qui les a pris, et se relève : ce sont les enfants de Sarma. On les compare volontiers aux drenkels et la comparaison ne tient pas, pour une raison que les rives connaissent bien et que le bestiaire détaille.
Talvë n'y peut rien. L'aînée ne demande qu'aux siens, et Sarma n'est pas des siens : elles n'ont que leur mère en commun, et le précepte qui veut qu'un drenkel reste rare n'a jamais engagé la fille de Khaz. C'est pour cela que les enfants de Sarma se comptent par hivers, et les drenkels par histoires.