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Les cairns de Ziven

Résumé : Sur tout le plateau d'Onalpita, on prie Ziven dehors, au pied d'un tas de pierres monté par ceux qui sont passés avant. Il y en a près des sources, sur les hauteurs qui dominent une piste, au débouché des passages, et de l'autre côté de l'Imgodir comme de ce côté-ci.

Monter un cairn

On apporte sa pierre de chez soi et on la pose. La règle tient là-dedans, et elle a pour conséquence qu'un vieux cairn est un échantillon du sous-continent : du basalte noir des collines de Négovar, du grès du Mur du Levant, des galets ronds ramassés au bord d'un lac, du marbre de Rochevent apporté par quelqu'un qui tenait à se faire remarquer. Les gens du plateau lisent ces tas comme on lit une liste de visiteurs.

Le cairn porte le nom de la personne qui a posé les trois premières pierres, et il le garde longtemps après que plus personne ne sache qui c'était. On dit le cairn d'Ochuna, le cairn de Verdal, sans autre explication, et c'est sous ce nom qu'il figure dans les indications de route que les tribus se donnent.

L'abri

À côté du cairn, presque toujours, il y a un abri : trois murs de pierre sèche et un toit, parfois une simple avancée creusée dans le talus, de quoi tenir contre le vent du sud et contre la pluie. Personne n'en est propriétaire. On y trouve d'ordinaire un peu de combustible que le précédent occupant n'a pas brûlé, et l'usage veut qu'on en laisse autant en repartant. Sur un plateau où l'on meurt de nuit dehors, l'abri fait autant pour la réputation du culte que le cairn lui-même.

Le cairn allumé

Prié assez fort, Ziven allume le cairn. Les pierres se mettent à luire et tiennent dans la nuit de vent aussi longtemps qu'il faut pour arriver dessus, ce qui, sur ce plateau, revient à sauver quelqu'un sans avoir eu à toucher au vent. Les tribus d'Edravorn racontent la chose sans emphase, comme un fait de route : on a vu le cairn de loin, on a marché dessus, on a passé la nuit à l'abri.

De l'autre côté de l'Imgodir

Le fleuve coupe le plateau sans couper l'usage. À l'est, sur les hauteurs qui descendent vers le lac des Murmures et le long du Mur du Levant, les cairns sont montés de la même façon et portent des noms de la même manière, par des gens qui ne fréquentent pas ceux de l'ouest et n'ont jamais eu besoin de se mettre d'accord sur quoi que ce soit.