Léukinzi

Résumé : Léukinzi est le quinzième relais de la Route des 29, à égale distance de Khareb et de Diular. Un relais devenu ville, chef-lieu du comté des Relais, où les convois qui montent croisent ceux qui descendent et où l'on s'arrête plus d'une nuit.

Le point d'équilibre

À l'origine, Léukinzi était un relais comme les autres, posé sur une source de la steppe et numéroté quinze. Ce qui l'a fait grandir est sa position : un convoi de bât parti de Khareb y arrive au bout de treize jours, un autre parti de Diular au bout du même délai, et les deux ont autant de chances de s'y rencontrer que de se manquer. Avec le temps, on a cessé de s'en remettre au hasard. Les caravaniers de Khareb et les convoyeurs de Diular se sont mis à régler leurs départs pour se retrouver à Léukinzi, et ce qui n'était qu'une halte est devenu un rendez-vous.

Une semaine de piste dans chaque direction sans autre abri que les maisons fortes de la route, cela change ce qu'on attend d'une étape. À Léukinzi, on ne demande pas seulement un mur et un puits. On veut un lit, un forgeron, un cheval frais, des nouvelles de l'autre bout, et du temps pour reprendre des forces avant la seconde moitié. La ville s'est bâtie pour vendre tout cela.

La ville

Le cœur de Léukinzi est le relais d'origine, un fer à cheval de pierre sèche et de brique crue ouvert au nord, avec sa tour et son fanal. Les habitants l'appellent le Vieux Fer. Le comte y siège, et c'est là que se tient le registre des passages. Autour, une seconde enceinte a été élevée, plus haute et plus large, qui suit le même plan et enferme une cour assez vaste pour qu'un convoi entier y campe avec ses bêtes.

Dans cette cour se font face les deux auberges de la ville. La Montante reçoit par habitude les convois qui vont vers Khareb, la Descendante ceux qui vont vers Diular ; aucune règle ne l'impose, mais un caravanier qui se trompe de porte se fait reprendre par la tablée. Chacune a sa grande salle à demi enterrée, ses dortoirs en enfilade, ses cuisines qui tournent au fromage de yak, à la viande séchée et au grain descendu du nord. Entre les deux, la forge et la maréchalerie occupent le fond de la cour, avec des enclos pour les chevaux et un entrepôt où le duché tient en réserve le fer, le fourrage et les ferrures qui font tenir les relais voisins.

Le reste de la ville est fait de maisons basses collées à la muraille, à l'intérieur comme à l'extérieur, où vivent les familles de maîtres de poste, les gens de forge, les palefreniers, les aubergistes et les gardes. On y compte autour de cinq cents personnes à l'année. Les jardins pierreux et les chèvres ne nourrissent pas tout ce monde, et Léukinzi achète son grain aux convois qui descendent, ce qui fait d'elle une cliente de sa propre route.

Hors les murs, un espace foulé et sans herbe marque la place des yourtes. Il est vide l'hiver et se remplit au printemps, quand les tribus des environs viennent se mettre à portée des murs.

Le temple de Meaïa

Léukinzi porte aussi, à la surprise de qui arrive par la piste, le temple principal de Meaïa, déesse de la pluie. Il occupe son propre terrain contre la seconde enceinte, à deux pas de l'ouverture nord, et son bassin se remplit des mêmes averses qui font verdir la place aux yourtes. Les convois y passent une jarre avant de reprendre la piste, et les tribus qui campent au printemps y montent avant les leurs, puisque la pâture de l'été se joue là.

Le croisement des convois

Quand deux convois se croisent à Léukinzi, ils y restent en général deux ou trois nuits, et la ville vit de ces nuits-là. Les charges sont défaites et refaites dans la cour : ce qui montait sur des bêtes fatiguées passe sur des bêtes reposées, ce qui a été abîmé dans la première moitié est réparé ou revendu avant la seconde. Les chevaux de Khareb descendus avec un convoi restent ici et remontent avec le suivant, si bien que la ville entretient en permanence une réserve de montures qui ne lui appartiennent pas.

Les escortes font de même. Les gardes loués à Khareb ne descendent guère plus bas que Léukinzi et y attendent un convoi qui remonte ; ceux que les convoyeurs de Diular ont engagés à la place des gardes nains font le chemin inverse. La cour des deux auberges est ainsi le lieu où l'on embauche pour la moitié de route qui reste, et une compagnie qui a mauvaise réputation sur la piste le sait vite.

Les nouvelles s'échangent avec le reste. Le registre du Vieux Fer note qui est passé, dans quel sens, avec combien de bêtes, et c'est là que viennent demander ceux qui attendent quelqu'un. Un mur de la grande salle de chaque auberge sert de tableau : on y laisse des messages pour un convoi qui n'est pas encore arrivé, et les aubergistes se chargent de les faire lire.

Les tribus de la steppe y descendent aussi, hors saison de convoi, pour le marché du fond de la cour : fromages, cuirs, feutres et sel de qullpa contre le fer, le grain et les réparations. Au printemps, ces visites se changent en séjour, quand les Puilargones descendent sur la route. Léukinzi est alors le relais le plus peuplé du centre, et sa cour, ses auberges et sa place aux yourtes se remplissent jusqu'à ce que la saison passe.

Gouvernance

Léukinzi n'a pas d'autre autorité que son maître de poste, qui est aussi le comte des Relais. La charge est héréditaire dans une famille descendue des tribus qui ont accepté l'affermage, et elle ne se distingue de celle des autres relais que par son étendue : le comte répond de la ville et du tronçon entre le relais 4 et le relais 19, mais il tient son registre et arbitre les querelles de sa cour comme n'importe quel maître de poste tient les siennes.

Le pacte de l'eau s'applique ici comme partout sur la route : la source du Vieux Fer coule pour qui se présente, et le comte se paie sur le reste. À Léukinzi, ce reste est plus lourd qu'ailleurs, puisqu'il comprend les nuits d'auberge, la forge, l'entrepôt du duché et les droits sur les embauches d'escorte. C'est ce qui permet à la ville de payer sa garde, une centaine d'habitants formés au combat qui montent la tour à tour de rôle, et de tenir les murs des relais voisins en état pour le compte du duché.

Le duché n'entretient pas de garnison à Léukinzi. Il y envoie un agent qui lève ses droits sur les convois en route et vérifie l'entrepôt, et il s'en remet pour le reste au comte. Les mages de Zerak'Tul y font halte quand leurs néophytes descendent réactiver les fanaux de la route, et la ville leur réserve une chambre de la Montante que personne d'autre n'occupe.