Le Mur du Levant
Résumé : Le Mur du Levant barre les hauts plateaux d'Imgora entre Arkhazem et le lac des Murmures. Il doit son nom à la façon dont il se découpe au petit matin, mur noir posé devant le soleil levant, et à l'ombre qu'il tient jusqu'à la mi-journée sur les terres qui le bordent à l'ouest. C'est de son pied que sort le sel de tout l'est du sous-continent.
Le relief
La chaîne court du nord au sud sur plus de trois cents kilomètres, étroite et presque rectiligne, ce qui explique son nom : vu du plateau, c'est un mur et non un massif. Le versant occidental descend en pentes courtes vers la vallée de l'Imgodir ; le versant oriental s'affaisse plus doucement vers les plateaux du lac des Murmures et les pâtures de Norvik. Rien n'y pousse au-dessus des premiers contreforts : le vent austral qui balaie le plateau s'engouffre dans les combes et couche l'herbe rase jusque tard dans l'été.
Les deux passages
Deux routes seulement traversent le Mur, et toutes deux dans sa moitié nord, là où la chaîne s'abaisse. La plus septentrionale mène d'Arkhazem à Eiswynn en effleurant les premières crêtes. L'autre, plus au sud, est la trouée d'Ilyudir, par où passe la route de la laine des aurores et, avec elle, chaque année, la cargaison la plus précieuse du sous-continent : franchir le Mur est le seul moment du trajet où le convoi est vraiment vulnérable, et il ne s'y engage jamais sans escorte.
Au sud de ces deux cols, la chaîne ne se passe pas. Les troupeaux qui hivernent du mauvais côté y restent jusqu'au dégel, et les gens du plateau tiennent pour acquis qu'un voyageur pressé de traverser en Sniegapacha ne traverse pas du tout.
Les sources salées
Au pied du versant oriental, l'eau qui ressort de la roche est saumâtre, et c'est là que se tiennent les salines de l'Aurore, sur les pentes qui ouvrent à l'est et au nord. Les sauniers du plateau la recueillent dans des bassins d'argile étagés à flanc de pente et la laissent au soleil des deux mois les plus secs de l'été. L'eau s'évapore, le sel reste, et on le racle à la planche avant la première pluie d'automne. La saison est courte, deux mois par an et rien de plus, mais elle suffit à couvrir les besoins du plateau et de tout l'est.
Ce sel de source est plus gris que celui des marais côtiers et passe pour meilleur à la conservation des viandes, ce que les caravaniers d'Edravorn contestent depuis toujours sans convaincre personne à Arkhazem.
Les trois sels de Ziven
Le Mur du Levant est l'un des trois bassins de production du sous-continent, et le seul qui ne touche pas la mer. Les deux autres sont les salines marines de Yunkava, qui alimentent le commerce caravanier des tribus d'Edravorn, et celles de Calmorra, tournées vers l'export lointain. Aucun des trois n'empiète sur les autres : les distances sont telles qu'un sel ne voyage guère au-delà de la région qu'il fournit.