Bout-du-Monde
Résumé : Bout-du-Monde est posée sur l'Impoorvi, à deux cents kilomètres en aval des collines de Poorv, dans le royaume d'Imgora. Le nom lui vient du temps où l'on croyait que le monde s'arrêtait à ces hauteurs ; la ville vit aujourd'hui du passage des minerais de l'ouest et de l'or qu'on lave dans le torrent.
Tant que les hydres tinrent la voie maritime du cap, ce qu'il y avait derrière les collines relevait de la conjecture, et l'usage voulait qu'elles bornent le monde. Les mages d'Arkhazem et les guerriers qui les accompagnaient mirent des années à dégager le passage ; le temps que la mer soit ouverte et la côte relevée, la ville portait son nom depuis assez longtemps pour le garder.
On l'avait bâtie au bout de la route qui dessert les gisements du versant ouest, maigres au regard des veines de charbon de l'autre côté des hauteurs, et l'Empire avait envoyé des bagnards les ouvrir. Peu en revenaient, ce dont personne ne s'étonnait : la mine y tuait comme ailleurs, le froid faisait le reste, et l'on tenait la peine de Bout-du-Monde pour une double peine. Quand l'Empire transféra son bagne sur le cap, à l'est des collines, les galeries de l'ouest fermèrent les unes après les autres et la ville se vida jusqu'à quelques feux.
Hangvidar
Hangvidar, nain têtu et attaché à son bagne comme d'autres à leur terre, resta quand les gardes furent partis. Il descendit seul dans des galeries que l'Empire avait déclarées épuisées et en remonta des diamants, puis quelques filons d'or. La nouvelle mit un hiver à descendre jusqu'à Bout-du-Monde, deux cents kilomètres plus bas, et un été à vider la moitié des tavernes du royaume. Bout-du-Monde est redevenue une ville de passage, où les minerais des exploitations de l'ouest attendent les charrettes, et où l'on paie encore un verre à qui prononce le nom du vieux mineur.
L'or du torrent
L'Impoorvi roule de l'or, et c'est ce qui fait monter les chercheurs de fortune depuis Norvik, à deux cents kilomètres de là. On lave le sable par équipes de deux ou trois, souvent une famille entière, du dégel à la fin de l'été. Le torrent nourrit aussi des truites sanguinaires qui chassent en banc et remontent au bruit des pelles : elles font dans l'année autant d'amputés que les engelures, et les gens d'expérience lavent bottés de cuir bouilli jusqu'à mi-cuisse, une main sur la battée et l'autre sur le bâton.