Le monastère du piton

Résumé : Le monastère du piton est une maison de Fuidija posée sur un piton rocheux de la côte orientale du duché d'Eiswynn, en Imgora, au bord d'une falaise qui tombe de mille mètres environ dans l'océan. Une dizaine de constructions s'y serrent autour du lieu de culte, et le vent y arrive de tous les côtés à la fois.

On l'appelle le dernier monastère, et le mot dit la distance : c'est celui qu'on atteint après tous les autres, au bout d'un sentier qui traverse la lande depuis le Mur du Levant jusqu'au rebord de la falaise. La porte est ouverte à tout le monde, et ceux qui la passent ont marché plusieurs jours de lande pour y arriver ; les visiteurs d'une saison se comptent sur les doigts.

La nourriture y est rare. L'eau vient du vent et du ciel, et un potager en terrasses taillées à même la falaise fournit l'essentiel de la table ; les offrandes des visiteurs, et d'abord le grain laissé au sol pour la déesse, en font le complément.

La place des arcades

Le lieu de culte est une grande place circulaire à ciel ouvert, entourée d'arcades. Ce sont des arches fines, posées en couronne pour habiller la place, et le vent passe entre les piliers comme il passe partout ; les bâtiments qui se tiennent derrière elles ont un toit, la place, elle, est nue sous le ciel, et c'est sur ce cercle de dalles que les moines prient Fuidija, le vent dans la figure. Un visiteur qui prie avec eux se tient au milieu du cercle, et l'offrande se laisse au sol, où le vent la prend.

La même place sert de terrain d'entraînement. Les moines s'y exercent aux heures de grand vent, bâton en main ou à mains nues, et apprennent à tenir debout sur les dalles quand la rafale couche tout le reste.

Les filets et les terrasses

Sur le versant qui regarde le large, entre des poteaux plantés dans le rocher, les moines tendent des filets tissés si fin que la trame se voit à peine. Le vent monte de l'océan chargé de gouttelettes, l'air passe au travers, l'eau reste aux mailles, perle le long du fil jusqu'à une gouttière de bois et descend aux citernes creusées sous la place. Chaque coup de vent détend les filets, et les remettre en tension fait partie des travaux du matin.

C'est le cadeau de la déesse, et les moines le racontent ainsi : le vent qui les bouscule d'un bout de l'année à l'autre leur apporte à boire. Les toits des bâtiments versent dans les mêmes citernes, ce qui met la pluie au compte de la même main, et la saison humide y laisse de quoi passer les mois de brise faible.

Le potager tient sur des terrasses taillées à même la falaise, sous le monastère, à l'abri des rafales derrière le rocher. Chaque terrasse porte deux ou trois rangs de raves, de choux et de fèves, arrosés au seau depuis les citernes, et les moines y descendent par des marches creusées dans la paroi.