Fuidija, déesse des vents
Résumé : Fuidija est la fille aînée de Gidhun, l'océan du nord, et de Narvë, la banquise du sud, et elle tient ce qui passe entre les deux : les vents. Née avant Talvë et Sarma, elle a pris l'air quand chacun de ses parents tenait une eau, et c'est d'elle que relèvent la brise qui fait tourner les ailes d'un moulin, le vent portant qui gonfle une voile et la rafale qui couche un chêne.
Son symbole le dit en un objet : une girouette taillée dans un os de baleine, que le vent a fendue sur sa longueur, et qui tient deux rubans, un blanc pour le gel de sa mère, un bleu pour l'eau tiède de son père. La girouette tourne vers celui des deux qui souffle, et les rubans claquent à sa suite. On la plante au faîte des moulins, en tête de mât et devant les cabanes de coupe, où elle sert d'instrument autant que d'autel.
Elle est farceuse plus que méchante. Elle arrache un chapeau à la sortie d'un temple, soulève une jupe sur un quai, renverse une botte de paille au moment où la charrette semblait chargée, et les rives lui pardonnent parce qu'elle a ramené la barque la veille. Elle sait aussi souffler pour punir, et elle le fait à contrecœur : ceux qui l'ont vue emporter un toit disent qu'elle s'est fait longtemps prier.
Elle a pris pour compagnon Puilarg, le dieu menteur, et leurs deux filles se sont partagé l'héritage : Lignalung a eu les tables de jeu, Ualinara la tempête, c'est-à-dire ce que le vent devient quand sa mère cesse de rire.
Le où et le quand
Les meuniers et les navigateurs la prient pour eux-mêmes, les uns pour un vent régulier sur les ailes, les autres pour un vent portant et une mer qui laisse manœuvrer. Les moulins du Danguir portent sa girouette, les équipages de Port-Aldéra et de Grimstad en cousent les deux rubans à leur grand-voile, et les aéronautes de Passimgodir, dont les ballons attendent que le vent le permette, lui ont dressé une girouette sur les terrasses du port.
Les autres viennent la voir pour ses parents. Gidhun rend ce qui tombe chez lui : les armateurs demandent à sa fille que rien ne tombe, et un navire rentré au port laisse le père tranquille. Les caravaniers qui montent sur le plateau d'Onalpita ont affaire au vent de Narvë, et lui demandent de le détourner d'un col le temps de le franchir. Les bûcherons de Tharvell lui demandent que la tempête couche les arbres du bon côté du chemin, et que le vent sèche les coupes avant les pluies.
Sa part est le où et le quand. Le vent austral de sa mère souffle en continu sur le sous-continent, et les prières le prennent comme il vient ; Fuidija le détourne, le fait faiblir sur une vallée, retarde une rafale d'une heure ou d'une nuit. Le si appartient à ses parents, et elle est la première à le dire à qui lui demande davantage.
Les hauts lieux
Elle se prie dehors, le vent dans la figure. Ses sanctuaires sont un cercle de pierres au sommet d'une colline, un mât de girouette planté sur une crête, une plate-forme de bois au bord d'une falaise, et l'idée d'un toit fait rire ses fidèles. Les plus fréquentés se tiennent sur le rebord du plateau, au-dessus des cols que les caravanes empruntent, dans le duché des falaises où montent les bûcherons, et sur les caps qui gardent l'entrée des ports. Le vent y porte la prière dite à mi-voix, et l'offrande s'y laisse au sol : un ruban, un morceau d'os, une poignée de grain, que la déesse emporte quand elle passe.