Méarima, déesse de la marée
Résumé : Le culte que Port-Aldéra rend à Méarima tient dans une phrase : elle annonce ce qu'elle fera, puis elle le fait. Elle donne l'eau qui porte les navires et rend le port praticable, elle donne la prévision, puisque ses clercs publient les tables de marées cinq ans à l'avance au minimum, et elle donne la restitution, car elle ne garde jamais ce qu'elle n'a pas réclamé. En échange elle prend son dû, sans indulgence pour personne, et c'est cette froideur qu'on respecte en ville : ses annonces se vérifient au jour près.
Le dû est vivant. Méarima prend des gens, jamais des biens ; ce que la marée emporte en fait de marchandises ou de meubles ne l'intéresse pas et se ramasse ensuite sans scrupule. Les noyés lui reviennent de droit, et le pécule funéraire d'un noyé est libéré et rendu à sa famille. Lui reviennent de même ceux qui s'attardent en ville basse pendant les grandes marées d'alignement des deux lunes, par entêtement, par ivresse ou par calcul : la date était publiée cinq ans plus tôt, ce sont des morts en règle, et la ville les traite comme tels. Ceux qu'on enterre en hauteur, hors d'atteinte de l'eau, ne sont pas à elle.
Sa compétence s'arrête à ce bord-là, et elle est étroite. Méarima tient lieu de police à Port-Aldéra pour une faute et pour ce qui s'y ramène, la sépulture volée ; la fraude qui ne tue pas, le faux en écriture, l'incendie, la violence qui laisse une victime vivante ne la regardent pas. On ne tue pas à Port-Aldéra, ou l'on tue proprement, corps trouvable et enterrement payé, et la déesse n'a alors rien à redire. Pour le reste on prie ailleurs : Istus, dont le grand sanctuaire est en amont au pied du Voile, ne lui dispute aucun fidèle, puisqu'on s'adresse à Istus pour son destin et à Méarima pour ses échéances.
Le clergé
C'est un ordre de calculateurs autant qu'un clergé. Les observations sont tenues sur des siècles, les tables recopiées, et les apprentis passent des années à vérifier des colonnes. Les deux lunes rendent le calcul difficile, mais il s'agit d'un savoir transmissible et vérifiable, que le clergé laisse volontiers passer pour un don divin.
Les tables des cinq ans sont publiées, affichées et vendues en copies aux capitaines. C'est le service public de la ville et la source de la légitimité du temple. Le même savoir sert aux tables de mortalité et aux taux de la caisse funéraire.
Les clercs ne rendent aucun oracle, n'intercèdent pour personne et ne répondent à une inquiétude que par une date. Ils enregistrent, calculent, encaissent. La justice reste en dehors de leur office : ils ne demandent pas d'où vient un dépôt ni pourquoi une famille redescend un corps.
La caisse funéraire
Chacun constitue de son vivant un pécule destiné à payer la remontée aux Collines Pourpres ou le bûcher. Le dépôt est fait au temple, connu de tous, souvent d'un montant public. On verse un peu plus que nécessaire, pour que la caisse couvre ceux qui ne peuvent pas payer : orphelins, voyageurs, indigents, victimes d'un vol. Le temple fonctionne donc à la fois comme caisse d'épargne et comme assurance mutuelle.
Détourner un pécule est un crime que la ville craint, parce que sa sanction ne dépend d'aucun tribunal.
Le drenkel de Méarima
Un mort enseveli dans le sable alors que son pécule aurait dû lui payer une sépulture revient sous forme de drenkel, avec juste assez de vie pour récupérer son argent. La créance est nominative : le drenkel connaît la personne qui l'a volé, et rien d'autre. Une fois payé, il achète sa sépulture par un intermédiaire et se repose.
La dette peut s'éteindre en restituant le pécule au temple, majoré, avant d'être atteint. Le meurtre avec dissimulation du corps n'admet aucun rachat tant que Méarima détient le corps. La faute peut d'ailleurs être indirecte : une fraude sur les poids qui empêche dix familles de compléter leur dépôt produit dix drenkels, tous verrouillés sur le fraudeur. La fiche de jeu du drenkel est dans le bestiaire de creationdeperso.com.