Ordhal, dieu des portes closes
Résumé : Ordhal est le dieu de ce qui est fermé sur ordre. Une porte qu'on verrouille, une consigne qu'on donne à une sentinelle, un serment prêté à l'entrée en service : tout cela lui revient, et il en garantit la tenue. Son culte est celui de la garnison et de la dynastie à Lomirra, où l'on prête serment à sa porte avant de prendre les armes.
Ce qu'il donne
Il donne la tenue. Une consigne posée en son nom ne dépend plus de celui qui l'a donnée : la sentinelle qui l'a reçue peut mourir, l'officier oublier, la dynastie changer, la consigne reste. C'est ce qui fait sa valeur pour une cité qui vit de conscription longue et de relèves : à Lomirra, on ne discute pas une porte fermée, on cherche qui a le droit de l'ouvrir.
Il donne aussi la parole tenue. Les serments royaux des Mérudo se prêtent devant lui, et les contrats de l'arsenal se scellent à sa porte.
Ce qu'il exige
Ordhal n'exige pas la piété, il exige l'obéissance. Un serment prêté devant lui et rompu ne fait pas revenir un mort ni s'ouvrir un gouffre : il fait qu'aucune porte de la cité ne s'ouvre plus au parjure, ni celle de l'arsenal, ni celle du bazar, ni celle de sa propre maison, tant que la faute n'est pas rachetée devant les Portiers. Un homme ou une femme à qui Lomirra ferme ses portes ne tient pas longtemps.
Le sceau
Le sceau d'Ordhal est la forme la plus lourde de sa consigne. Un de ses clercs le pose sur un seuil, une porte, une entrée de grotte, avec une formule qui dit qui ne passera pas. Il ne barre le passage qu'à ceux qu'il nomme, laisse tout le monde entrer et sortir, et tient tant qu'un Portier ne l'a pas levé au nom du même dieu. La supplique, la ruse ou le charme n'y font rien : le sceau ne connaît que la consigne. La force, elle, peut en venir à bout, mais il en faut beaucoup, et briser un sceau d'Ordhal est un acte que Lomirra traite comme une porte de la cité enfoncée.
Le clergé pose peu de sceaux et n'en lève presque jamais. La doctrine des Portiers est qu'une consigne levée par complaisance ne vaut rien, et qu'un dieu dont on peut obtenir qu'il rouvre n'est plus un dieu des portes. Celui dont on parle est le sceau qui ferme les grottes des falaises d'Eskarra, et c'est aussi celui qu'on entretient : chaque année, à la marée la plus basse, une délégation de Portiers descend sur l'estran découvert renouveler la consigne à chaque entrée. Ils savent qui est derrière et ce que ces morts feraient de la cité s'ils en sortaient, et ils savent aussi que la déesse des grottes garde ce que la mer lui pousse : on choisit l'heure où l'eau ne peut atteindre personne.
Le clergé
Les Portiers tiennent le temple de la porte de l'arsenal, un bâtiment sans nef, bâti dans l'épaisseur de la muraille autour d'un passage qu'on ne franchit qu'avec la consigne du jour. Ils tiennent les registres de serments des conscrits, les rôles d'équipage, et arbitrent les contentieux de consigne entre officiers. Ce sont des gens d'ordre plus que de foi, souvent d'anciens sous-officiers, et la dynastie Mérudo les tient pour un pilier au même titre que la flotte.
Rapports aux autres cultes
Le culte d'Ordhal ne se dispute pas les fidèles : il est celui de la cité et de son armée, les autres dieux ont la côte, les marchés et les cœurs. Eskarra, déesse des grottes de la côte, n'a jamais protesté, mais les gens qui la servent tiennent le sceau des falaises pour une insulte faite à ses morts.