Le lac des Murmures

Le lac des Murmures s'étend sur les hauts plateaux d'Imgora, à l'est de l'Imgodir. Moins connu et moins fréquenté que le lac Dorin, il tient son nom des sons que le vent y produit, que les tribus locales interprètent comme des présages.

Les villes du lac

Norvik au sud et Eiswynn au nord sont les deux villes du lac. La première prend les vents froids du large de plein fouet, la seconde est abritée par le relief, et toute la fortune de Norvik tient à cet écart. Au cœur de la Sniegapacha, quand les nuits s'allongent, les aurores australes illuminent le ciel au-dessus des eaux.

Une eau salée

L'eau du lac est salée, et la sonde n'a jamais touché le fond. Sur les rives, les deux faits n'en font qu'un : le lac descend si bas que des cavités le relient à l'océan, et c'est par là que la mer remonte. Nul n'a jamais trouvé ces cavités, ce qui ne prouve rien à qui vit du lac, puisque nul n'a jamais trouvé le fond non plus.

Les érudits d'Arkhazem tiennent une explication plus courte. L'eau qui alimente le lac descend du Mur du Levant par l'Imsalir, qui prend aux sources saumâtres des salines de l'Aurore, quelques lieues plus haut sur le versant oriental, et se jette dans le lac par la rive ouest ; une eau qui sort salée de la roche à mi-pente n'a aucune raison d'arriver douce en bas. La démonstration est solide et n'a jamais convaincu personne sur les quais de Norvik.

Le magister Orlo Faonir, qui a passé autant de saisons sur ce lac que sur le Dorin, renvoyait les deux camps dos à dos. L'eau, disait-il, est plus salée que celle de Khazal et bien moins qu'elle ne devrait l'être, et c'est cet écart qu'il faudrait expliquer, pas le sel. Il ajoutait, sans jamais en dire davantage, que le lac boit son propre sel, que le gel le prend avant que le ciel ne l'ait bu. Personne n'a jamais vraiment écouté cet homme que beaucoup pensait fou.

Les truites sanguinaires s'accommodent de cette eau et remontent l'Imsalir jusqu'à quelques centaines de pas de sa confluence, où elles s'arrêtent.

Les vagues sans vent

Certaines nuits de calme plat, quand l'une des deux lunes se pose sur l'eau, des vagues traversent le lac. Elles ne viennent d'aucun souffle, ne suivent pas la direction du vent tombé plus tôt et meurent sur la rive opposée sans qu'on ait rien vu de ce qui les lançait. Les équipages rentrent, et le lendemain le récit des uns ne recoupe jamais tout à fait celui des autres. C'est de ces nuits-là, autant que du vent dans les combes, que le lac tient sa réputation.

Les sauriens

Des bêtes longues et sombres croisent les barques, le dos hors de l'eau : ce sont les sauriens du lac, que Norvik et Eiswynn connaissent depuis toujours et que les érudits n'ont jamais vus. Beaucoup leur attribuent les vagues des nuits calmes et ne cherchent pas plus loin.

On ne les craint pas, à une condition : que la pêche reste mesurée. Un lac surpêché rend les filets ouverts et les coques éventrées, et c'est de là que les deux villes tiennent leurs limites de prises, que nul n'a eu à écrire.