Les drenkels
À Ziven, on appelle drenkel un mort que l'eau a gardé au lieu de le recevoir. Chaque rive a son rite pour rendre un corps à l'eau, et un mort qui n'a pas reçu le sien ne reste pas au fond : il revient, avec assez de lui-même pour qu'on le reconnaisse et assez de faim pour qu'on le craigne.
Une faute humaine
Un drenkel suppose une faute. Un corps coulé pour cacher un meurtre, une famille qui a renoncé à chercher un disparu, un pécule funéraire détourné, un étranger dont personne ne s'est soucié : l'eau ne fait pas la différence entre le crime et la négligence, et le résultat est le même. C'est pourquoi les riverains tiennent leurs morts de près et pourquoi l'apparition d'un drenkel est d'abord une question posée aux vivants : qui manque, et pourquoi.
C'est aussi ce qui sépare un drenkel des enfants de Sarma, à qui on le compare sur les hauteurs. Le gel prend sans qu'on lui ait rien laissé prendre : il n'y a là ni faute, ni question, et donc rien à accomplir après coup. Les rives refusent le rapprochement pour cette raison, et pas seulement parce que l'un est d'eau et l'autre de froid.
Les formes connues
Les drenkels prennent la forme que leur donne l'eau qui les garde, et les gens de chaque rive ne les confondent pas.
- Sur l'Imrisse, le drenkel de Narhtë reste au fond du tronçon où il a coulé et imite des voix pour attirer au bord de l'eau.
- Sur le lac Dorin, le drenkel de Dorin revient au lieu et à l'heure de sa noyade et dessèche ce qu'il touche.
- Dans l'estuaire de l'Aldéra, le drenkel de Méarima a un nom et un visage en tête, celui de la personne qui lui doit, et il ne s'arrête pas avant d'avoir été payé.
- Sous les falaises d'Eskarra, le drenkel d'Eskarra garde la grotte où la mer l'a laissé, ou en sort par la mer s'il sait qui l'a tué.
La délivrance
Les armes tiennent un drenkel à distance et le feu le fait fuir, mais ni les unes ni l'autre ne le défont : il revient la nuit suivante. Ce qui le défait, c'est d'accomplir après coup ce qui lui a manqué, le rite au nom du noyé, la créance réglée. Encore faut-il savoir qui il était, et c'est le plus souvent là que le travail commence. Les rives de la guilde des pêcheurs gardent leurs registres pour cette raison, et n'en rayent jamais un nom.
Chaque forme a sa fiche de jeu sur sa propre page.