Le drenkel de Narhtë

Sur l'Imrisse, un noyé doit être rendu au fleuve par le rite : le corps est confié à une barque de roseaux et poussé dans le courant. Un noyé que le fleuve a emporté avant le rite, un corps que la famille n'a jamais retrouvé, un homme jeté à l'eau sans sépulture, restent au fond. Le fleuve les garde, et avec eux quelque chose qui ressemble encore à ce qu'ils étaient. Ce sont les drenkels de Narhtë.

Origine

Le drenkel de Narhtë naît d'un noyé que personne n'a rendu. Il n'y a ici ni créance ni coupable désigné : la faute peut être un meurtre, une négligence ou une simple impossibilité, et le résultat est le même. Sur un fleuve de trois mille kilomètres au courant puissant, les corps que l'on ne retrouve pas sont nombreux.

Les corps que le courant emporte finissent dans les fosses, les mêmes que fréquentent les méervals. C'est là que les drenkels se concentrent, et les bateliers connaissent ces zones de longue date.

Comportement

Le drenkel de Narhtë ne pense plus vraiment. Il souffre et il attire. Il imite des voix : celle d'un proche, un pleur d'enfant, un appel au secours venu de l'eau. Ceux qui répondent et s'approchent du bord sont saisis et entraînés.

Il n'a pas de cible et pas de terme. Il s'en prend à ceux qu'il tient pour responsables de sa mort, au sens le plus large : un batelier, un pêcheur, quiconque passe à portée de voix la nuit sur le tronçon où il a coulé. Il reste attaché à ce tronçon et ne le quitte pas.

Narhtë ne le commande pas. Elle le pleure. Les enfants du fleuve le décrivent comme un enfant perdu de la déesse, qui cherche à la rejoindre sans y parvenir, et qui fait du mal parce qu'il ne sait plus rien faire d'autre.

Les signes

Les bateliers ont des règles simples, transmises à tous ceux qui montent à bord :

  • on ne répond jamais à un appel venu de l'eau la nuit
  • on ne prononce pas le nom d'un noyé récent à bord
  • on jette une pièce à l'eau en passant au-dessus d'une fosse connue

Une voix entendue depuis l'eau sans que personne ne soit visible, surtout une voix familière, est tenue pour un drenkel jusqu'à preuve du contraire. Les enfants du fleuve rapportent aussi que certains élémentaires de l'Imrisse gardent des fosses, sans qu'on sache s'ils y retiennent les drenkels ou s'ils attendent les rites pour les libérer.

L'Appel et l'Étreinte

Le drenkel de Narhtë tue en noyant. Sa voix attire, ses bras retiennent, et le fleuve fait le reste.

  • L'Appel : toute créature qui entend la voix du drenkel dans un rayon de 36 m doit réussir une sauvegarde de Sagesse. En cas d'échec, elle est charmée et utilise son mouvement à chaque tour pour se rapprocher de l'eau. Une créature qui subit des dégâts peut retenter la sauvegarde. Le drenkel peut maintenir l'Appel sur plusieurs cibles à la fois.
  • L'Étreinte : attaque de corps à corps, 6d8 dégâts contondants, la cible est agrippée et entraînée sous l'eau. Une créature agrippée commence à se noyer.
  • Points de vie : 12d8.
  • Résistant aux dégâts contondants, perforants et tranchants d'armes non magiques. Immunisé au froid.
  • Vitesse de nage supérieure à celle de tout nageur humain.

Le rite de délivrance

Il n'existe aucun rachat pour un drenkel de Narhtë, faute de dette à payer. Il existe en revanche une délivrance. Lorsque le rite est accompli après coup, parce qu'une famille a fini par retrouver le corps ou parce qu'elle a fait la cérémonie sur l'eau en son absence, le drenkel se dissout dans le courant. Les enfants du fleuve disent alors qu'il est rendu.

La cérémonie sans corps exige de savoir qui l'on rend. Sur un tronçon où plusieurs drenkels se sont accumulés au fil des générations, retrouver les noms de chacun demande un travail long, et certaines fosses ne seront sans doute jamais vidées.

Les enfants du fleuve

Narhtë n'a pas de temple. Ses fidèles prient directement sur l'eau, et ce sont eux qui prennent en charge les rites, les cérémonies sans corps et la mémoire des fosses. Sur les tronçons connus pour leurs drenkels, ils tiennent le compte des noyés jamais rendus et cherchent, quand une famille le demande, à identifier une voix.