Le drenkel de Méarima
À Port-Aldéra, un mort est enterré aux Collines Pourpres ou brûlé, et cette sépulture est payée par le pécule funéraire que chacun constitue au temple de Méarima tout au long de sa vie. La déesse tient la marée de l'estuaire et prend ce qui lui est dû. Un mort qu'on lui donne sans qu'il lui revienne, enfoui dans le sable de l'estuaire ou jeté dans ses eaux alors qu'un pécule aurait dû lui payer une sépulture, ne lui appartient pas. Elle le rend, avec assez de vie pour qu'il aille récupérer son argent. C'est ce mort rendu qu'on appelle le drenkel de Méarima.
Origine
Le drenkel de Méarima naît d'une créance. Un homme a été privé de sa sépulture parce que quelqu'un a pris ce qui devait la payer, ou parce que quelqu'un a caché son corps. Les cas connus sont les suivants :
- un pécule funéraire détourné par un héritier, un employeur, un aubergiste ou un capitaine
- un dépôt volé en route vers le temple, y compris par un voleur qui ignore ce qu'il prend
- un meurtre suivi de la dissimulation du corps dans le sable ou dans l'eau de l'estuaire
- une fraude qui a empêché une ou plusieurs personnes de constituer leur dépôt
Ce dernier cas peut produire plusieurs drenkels pour un seul coupable. Un marchand qui fraude sur les poids appauvrit des dizaines de familles, et chaque mort dont le pécule est resté incomplet à cause de lui lui est imputé. On a vu une dizaine de drenkels remonter en même temps sur le même homme.
Deux situations n'en produisent jamais. Le noyé que la mer a pris lui revient de droit : son pécule est libéré et rendu à sa famille. Le mort enterré aux Collines Pourpres est hors de portée de la déesse, quelle qu'ait été sa fin, et il ne revient pas. Une famille peut toutefois redescendre volontairement un corps des collines pour le confier à Méarima, en renonçant au repos du défunt pour qu'il aille se payer sur celui qui l'a tué. Le temple enregistre le dépôt sans poser de question.
Comportement
Le drenkel de Méarima connaît le nom et le visage de celui qui lui doit, et rien d'autre. Il ne hante aucun lieu, ne s'en prend à personne d'autre que sa cible, et ne s'arrête pas avant d'avoir été payé. Le temps ne joue pas contre lui.
Il se déplace par les eaux. Sa vitesse de nage dépasse largement celle d'un homme, et il peut se rendre en un instant à tout point d'eau relié par continuité à l'estuaire de l'Aldéra, résurgences et nappes comprises. Avec le karst du plateau, cette continuité s'étend beaucoup plus loin qu'on ne le croit, et personne ne sait à coup sûr quelle source est reliée à quoi.
Le Murmure de Méarima lui donne la position de sa cible chaque fois que celle-ci touche de l'eau reliée à l'estuaire. Boire à un puits, traverser à gué, se laver au ruisseau, marcher sous une pluie qui ruisselle vers un fossé : chaque contact est un signalement. La traque se résume donc au délai entre deux contacts. À Port-Aldéra, ce délai se compte en heures. Sur l'Onalpita, un homme prudent peut tenir plusieurs jours.
Une fois sa créance récupérée, le drenkel fait payer sa propre sépulture par un intermédiaire et cesse de marcher.
Les signes
Le drenkel lui-même se reconnaît à son corps, conservé par l'eau et le sel. Il marche, il nage, la parole lui revient mal. On le voit rarement avant qu'il n'ait trouvé sa cible.
Ce qu'on reconnaît plus souvent, c'est un marqué. Un homme qui sait qu'un drenkel le cherche change ses habitudes : il ne boit jamais à une source, il fait porter son eau depuis loin, il se lave au sable, il évite la pluie, il ne traverse pas à gué. À Port-Aldéra, ces habitudes se remarquent vite, et les voisins en tirent leurs conclusions.
La Lance de Méarima
Le drenkel frappe avec la force de la marée. Les riverains appellent ce coup la Lance de Méarima, bien qu'il ne s'agisse d'aucune arme : une masse d'eau projetée qui renverse ce qu'elle atteint.
- Lance de Méarima : 10d6 dégâts contondants, portée 36 m, sauvegarde de Constitution ou la cible est renversée. Se recharge après un repos court.
- Points de vie : 12d8.
- Vitesse de nage supérieure à celle de tout nageur humain.
- Peut se déplacer instantanément vers tout point d'eau relié à l'estuaire de l'Aldéra.
- Il peut être détruit physiquement.
Extinction et rachat
La créance d'un voleur s'éteint par restitution. Celui qui a pris un pécule ou un dépôt peut le rendre au temple, majoré, avant que le drenkel ne l'atteigne. Le clergé enregistre la restitution, la dette est soldée et le mort reçoit sa sépulture. Encore faut-il que le voleur comprenne à temps ce qu'il a pris, et le temple ne traite pas avec quelqu'un qui vient rendre en se cachant.
Le meurtre avec dissimulation du corps ne se rachète pas tant que Méarima détient le corps. Le meurtrier qui a enseveli sa victime dans l'estuaire n'a aucun recours.
Le clergé
Les clercs de Méarima sont des comptables et des religieux. Ils tiennent la caisse funéraire, calculent les tables de marées et les tables de mortalité, enregistrent les dépôts et les restitutions. Ils ne jugent personne et ne mènent aucune enquête. Ils ne demandent pas d'où vient un dépôt, ni pourquoi une famille redescend un corps des Collines Pourpres.
Cette neutralité a une conséquence sur la ville. Méarima punit ce qui laisse un mort sans sépulture, et rien d'autre. Un crime qui laisse un corps trouvable et une sépulture payée lui échappe entièrement. À Port-Aldéra, on tue peu, et quand on tue, on tue proprement.