lieux

Le Temple de Fajargo

Au creux du bois, le temple principal de Fajargo se confond avec la forêt. On ne l'a pas bâti, on l'a fait façonné au fil des ans. Ses murs sont une cinquantaine de frênes pluri-centenaires, tressés et courbés génération après génération jusqu'à former une nef vivante. Là-haut, les branches s'entrelacent en un dôme si dense que la lumière qui passe reste pâle et tremblante, comme sous l'eau.

Les bâtisseurs ont façonné les arbres de manière à ce que le temple soit une caisse de résonance géante. Quand le vent d'ouest frappe la canopée, il s'engouffre dans des conduits naturels et il en sort un bourdonnement grave, continu, proche du brame d'un élan en rut.

À l'intérieur, l'air est épais. Ça sent la sève fraîche, la terre mouillée, la mousse écrasée, et par-dessus, la fumée âcre de l'écorce de frêne qui se consume dans de bas braseros de bronze verdi. Le sol, tapissé de feuilles mortes, avale le bruit des pas. Bûcherons et chasseurs y entrent sans un mot font une offrande qu'ils espèrent suffisante pour ne pas s'attirer l'ire du dieu de la forêt.