Fenrold
Fenrold est bâti à la source de l'Eligrodim, au cœur de l'Eligrodian. Tout ce qu'on y trouve existe parce qu'on abat des Igrodia à une journée de marche à la ronde. Un marché s'y tient, alimenté par le passage constant des convois, et le village vit au rythme des attelages.
Les caravanes de troncs
De Fenrold partent de gigantesques caravanes, attelages renforcés capables de tracter un tronc d'Igrodia entier, en direction de la Doba. Le trajet est lent, coûteux et jalonné de relais ; c'est lui, autant que le rite qui l'autorise, qui fait du bois d'Igrodia une marchandise réservée aux clients les plus puissants de Tharvell et de ses voisins.
Le village est aussi la tête du chemin des Bûcherons, la piste qui file plein est en suivant la ligne de partage des deux vallées jusqu'à la source sacrée d'Ilagdir.
Le pèlerinage des cinq ans
Nul ne peut abattre un Igrodia s'il n'est pas allé lui-même à la source d'Ilagdir dans les cinq années écoulées. L'obligation est personnelle : elle ne se délègue pas, ne s'achète pas, et le fils ne l'hérite pas de son père. Passé le terme, le bûcheron pose sa hache jusqu'à ce qu'il ait repris la route.
Le pèlerinage suit le chemin des Bûcherons plein est, plus de 500 km jusqu'à la source, autant pour revenir. Comptez six à huit semaines d'absence, davantage si la fonte a coupé la piste, et l'on part par volées de quelques dizaines pour ne pas traverser seul les futaies de l'Eligrodian.
Les départs se groupent au printemps, si bien qu'une année sur l'autre, c'est toujours une partie des coupeurs qui manque, jamais les mêmes. Fenrold tourne alors au ralenti, avec ses vieux, ses attelages immobilisés et une poignée de chasseurs pour toute garde. Tout le monde le sait, à commencer par ce qui rôde sous les Igrodia.
Chacun revient avec son cheval chargé de 25 litres d'eau, scellés à la source, qu'il verse au retour dans le bassin de l'autel du temple : l'offrande ne va pas à un arbre en particulier, mais à l'Eligrodian tout entier, dont il vivra les cinq années suivantes.
Ossenrieu, le druide résident
Ossenrieu est un jeune druide envoyé à demeure par le Collège de Skjorren. Il vérifie que le pèlerinage a bien eu lieu, que l'eau rapportée vient réellement d'Ilagdir et que chaque homme qui prend une hache est dans ses cinq ans. Il tient le rôle, un registre de peau où figurent tous les coupeurs du village avec la date de leur dernière source, et sans son aval la saison ne peut légalement s'ouvrir.
Le reste du temps, il vit au village comme un hôte permanent : on le loge bien, on le nourrit mieux, et personne à Fenrold ne le tutoie.
Le temple de Fajargo
À l'écart des aires de débardage se dresse un sanctuaire secondaire de Fajargo, dieu des forêts, bien loin du temple principal. Un prêtre y officie, entouré de quelques pèlerins de passage, chasseurs ou bûcherons venus chercher une protection avant de s'enfoncer sous les Igrodia. C'est là, dans le bassin de pierre creusé au pied de l'autel, que s'accumule l'eau d'Ilagdir rapportée de pèlerinage et offerte à la forêt, et c'est le seul endroit du village qu'on ne laisse jamais sans surveillance. L'ironie n'échappe à personne : les gens de Fenrold vivent de ce que Fajargo protège.
Le prêtre, Halvig, a été bûcheron avant qu'une chute de branche ne lui broie la hanche, et il n'a jamais tranché la contradiction. Il tient le compte de chaque arbre tombé depuis son entrée en charge et le récite à voix haute à chaque offrande, sans commentaire ni reproche. Les bûcherons trouvent ça pénible, y assistent tous, et aucun ne part en coupe sans être passé devant lui.