Le drenkel d'Eskarra

Sur la côte de Lomirra, un mort que la mer a poussé dans une grotte appartient à Eskarra tant qu'on ne l'a pas sorti de la pierre et porté au large. Celui qu'on y laisse se relève, sans quitter la roche qui le tient. C'est le drenkel d'Eskarra, et les falaises qui portent le nom de la déesse en comptent plus que personne ne saurait dire.

Origine

Le drenkel d'Eskarra naît de l'enfermement. Il ne faut ni dette ni meurtre, seulement un corps dans la pierre : un naufragé que la houle a jeté dans une cave, un grimpeur tombé de la falaise, un homme tué dans une galerie et laissé sur place. La déesse ne demande pas comment il est arrivé là.

Les grottes des falaises en ont reçu par dizaines d'un coup, quand la marine de Lomirra y a tué les équipages pirates qui les tenaient et laissé les corps sur place. Elles en reçoivent encore, un à un, depuis l'éboulement.

Comportement

La déesse ne commande pas ses drenkels et ne les retient pas : elle garde le corps dans la pierre, et ce que fait le mort dépend de ce qu'il sait. Un drenkel que la mer a simplement poussé dans une grotte n'a ni cible ni chemin. Il reste dans la roche, dans l'eau des bassins intérieurs ou collé à la paroi, hors de la lumière, et bouge quand quelque chose de vivant entre. Il ne cherche pas à attirer, il n'imite rien ; c'est la mer qui amène, et lui qui garde. Il s'en prend à ce qui entre, sans distinction, et cherche moins à tuer qu'à retenir : un corps plaqué dans un recoin jusqu'à la marée montante lui suffit. Ce que la mer noie dans la pierre revient ensuite à la déesse, et le nombre de drenkels d'une grotte tend à croître.

Un drenkel qui sait qui l'a tué n'attend pas. Il sort la nuit par la mer, nage ou marche sur le fond, et gagne celui qui lui doit sa mort, seul ou avec ceux qui sont morts de la même main. Les pirates des falaises savent tous la même chose : c'est Lomirra qui les a tués, et c'est par le port, sous les coques et les chaînes, qu'ils entreraient dans la cité. Seul le sceau d'Ordhal les en empêche, posé avant même l'assaut par un clerc qui savait ce qu'il laisserait derrière lui. Il ferme le seuil de leur grotte dans les deux sens, à eux et à personne d'autre, ce qui interdit aussi bien leur sortie que leur délivrance.

Les signes

Une grotte à drenkel se reconnaît de dehors. Les ramasseurs d'épaves de la côte relèvent :

  • des épaves rongées qui s'accumulent dans une cave sans que personne n'ose les ramasser
  • des oiseaux de mer qui n'y nichent plus
  • un ressac dont le bruit change de rythme dans la grotte, comme si quelque chose y bougeait à contretemps

À l'intérieur, on ne le voit pas avant qu'il n'ait bougé. Sa peau est celle d'un noyé que la mer a frotté contre la roche, pierre et sel mêlés, et il se confond avec la paroi tant qu'il ne remue pas.

L'Étau

Le drenkel d'Eskarra tue comme la roche : il serre.

  • L'Étau : au contact, 5d8 dégâts contondants ; la victime est saisie et plaquée contre la paroi ou maintenue sous l'eau d'un bassin, où elle commence à se noyer. Tant que le drenkel touche la roche, la force seule ne suffit pas à se dégager.
  • Immobilité de pierre : tant qu'il ne bouge pas, le drenkel est indiscernable de la paroi ; le repérer demande une épreuve de Perception difficile.
  • 10d8 points de vie. Les armes ordinaires l'entament mal, le froid ne lui fait rien.
  • Détruit physiquement, il se reforme à la marée suivante tant que le corps reste dans la pierre.
  • Hors de sa grotte, il ne touche plus la roche : l'Étau ne retient plus, et il ne se reforme pas s'il est détruit avant d'y être revenu.
  • Vitesse de nage supérieure à celle d'un nageur humain ; respire aussi bien sous l'eau qu'à l'air.

La délivrance

Il n'y a pas de rachat, faute de dette. La délivrance est le rite d'Eskarra accompli après coup : sortir le corps de la grotte, le charger sur une barque, le porter au-delà des brisants et le rendre à l'eau, lesté d'une pierre prise dans la grotte même. Les gens de la côte le font pour leurs morts, à la marée basse qui suit la découverte, et le drenkel ne se relève pas.

Pour les drenkels des falaises d'Eskarra, le rite est impossible tant que tient le sceau d'Ordhal, puisque le seuil leur est interdit dans les deux sens. Les délivrer suppose donc d'abord qu'un Portier lève la consigne, ce qu'aucun n'a accepté, ou que quelqu'un d'assez puissant brise le sceau, ce que personne n'a encore réussi.