L'Arc des Onze
Ilgana Sivonadir revint du confluent du Rieubois et de la Soufflevent avec sa vie et l'arc d'un orque tombé près du camp : corne et tendon montés à la mode du plateau, une arme taillée pour un bras plus large que le sien. Elle arriva seule à Arkhazem, les deux rôdeurs qui avaient réchappé avec elle étant morts en chemin, et n'y demanda ni gens d'armes ni or. On lui accorda la lettre qui fit le duché de Rochebrise ; la Guilde des Artisans Magiques y ajouta l'enchantement de l'arc, qui coûtait moins cher que des soldats.
Les onze voix
Le trait part en gémissant, de onze voix superposées, autant que de compagnons qu'elle n'a pas ramenés du plateau. Le cri devance la flèche et porte plus loin qu'elle : les orques le reconnaissent avant de voir d'où l'on tire, lâchent leur ligne et courent, parfois sur la troupe qui les suit. L'ouvrage sous la corne est le leur, ce qui n'arrange rien. À portée d'un jet de pierre du trait, une bande se défait en quelques instants ; plus loin, les rangs tiennent et se contentent de chercher le tireur.
La fin de l'hiver
Le plateau nourrit mal à partir des dernières neiges, et les bandes descendent alors rôder autour des labours de Chateaubrise, là où les bêtes sont à l'attache et les greniers pleins. C'est la saison où l'arc siffle encore, au-dessus des champs du confluent comme sur les pistes du dégel. La maison de Chateaubrise a gardé de sa fondatrice le goût de cette chasse : on y apprend l'arc avant le blason, et qui porte le titre mène les battues du printemps plutôt que d'en attendre le compte rendu.