Le Grand Grimoire d'Arkhazem
Le Grand Grimoire appartenait à un collège de douze mages d'Arkhazem, qui le tenaient et le travaillaient en commun. On lui prête des sorts d'une puissance rare, mais on ne sait plus aujourd'hui avec précision ce qu'il contenait : les douze l'ont dispersé de leur plein gré, page par page, chacun emportant douze feuillets vers une destination qu'il n'a confiée à aucun des autres. Ils redoutaient qu'un jour quelqu'un, fût-ce l'un d'entre eux, maîtrise l'ouvrage entier, et ont préféré qu'aucune main n'en tienne plus d'un douzième.
Cent quarante-quatre pages
Chaque sort occupe de deux à quatre pages qui se suivent, selon sa complexité, et un feuillet seul n'apprend rien qu'on puisse lancer. Il ne suffit pas non plus d'en rapprocher deux : un sort écrit sur trois ou quatre pages exige qu'on les retrouve toutes pour le reconstituer, le lancer et le reproduire. À ce jour, aucune paire de pages consécutives n'a été réunie. Le collège n'y est pour rien, les douze n'ayant pas réparti les sorts entre eux avec méthode ; c'est le hasard de douze routes différentes qui a fait le reste.
Les pages elles-mêmes ne se détruisent pas. Ni le feu, ni l'eau, ni la lame n'en viennent à bout, et la matière dont elles sont faites n'est ni organique ni minérale, sans qu'on ait su la nommer.
Les deux survivants
Deux des douze, des elfes, seraient encore en vie. Ils étaient jeunes au moment de la dispersion, et des noms circulent à leur sujet sans qu'on puisse les tenir pour sûrs. Où ils sont, on l'ignore : ils ont pu quitter le sous-continent, ou mourir depuis sans que la nouvelle en revienne. Ils portent pourtant la mémoire du départ des dix autres, et de la direction que chacun a prise avec ses pages. De leurs propres feuillets, en revanche, ils ne diront rien : un serment pris le jour de la dispersion les en empêche, et sa portée exacte n'est connue que d'eux.