Le plateau ravagé
Le plateau ravagé est la bande de cendre qui borde les Dents du Crépuscule au levant, entre la ligne des glaciers et les premières terres vertes de Vaultclos. Il s'étire sur près de six cents kilomètres du nord au sud pour cent soixante-dix de large, et la poussière volcanique y donne le même gris aux moraines, aux coulées refroidies et aux plaques de soufre.
Le plateau fume sur toute sa longueur. Des geysers partent à des heures qui changent d'une saison à l'autre, les uns à hauteur d'homme, les autres dont le panache se voit depuis la plaine. Les fumerolles bordent leurs fissures de dépôts jaunes et rouges qui craquent sous le pas, et par endroits la croûte sonne creux : c'est à ce son qu'on la reconnaît avant d'y passer au travers.
Les glaces en marche
Les glaciers de la crête descendent jusqu'au plat et poursuivent leur course dessus. Ils poussent devant eux des remblais de blocs, se fendent sur toute leur longueur, abandonnent derrière eux des mares d'eau de fonte laiteuse qui gagnent le sud vers la naissance de l'Imrisse. Le sol qui les porte est tiède, leurs fronts s'écroulent par pans entiers, et le fracas s'entend loin dans la plaine quand le vent porte.
Au-dessus, les langues supérieures tiennent au versant et restent le domaine des dragons blancs du massif, dont les gens du plateau lisent le passage à la trace laissée dans la vapeur.
Le lac de soufre
Une cuvette du plateau tient un lac jaune que la chaleur garde liquide. Sa grève est faite de cristaux qui se reforment après chaque pluie, sa vapeur prend à la gorge à cent pas, et sa surface remue par plaques quand une bulle monte du fond. Les gens du massif comptent les jours de vent d'ouest, ceux où l'odeur descend jusque dans les vallées de Vaultclos.
Le sable blanc
Certains évents s'entourent d'un croissant de sable pâle, plus fin que le sable de rivière et qui crisse autrement sous la main. Fondu, il donne un verre qui encaisse le coup et qu'on peut sortir du four pour le plonger dans l'eau. Les gens du massif le ramassent à la pelle de bois, les grains mordant le fer.
Les fours sont à Askudar, contre le bord nord-est du plateau, à une vingtaine de kilomètres des sablières. Les clans montent à la saison où le gel tient le sol, lèvent le soufre en plaques au bord des évents et remplissent leurs sacs ; le soufre descend vers les forges du massif, le sable vers les fours. Le reste de l'année, on contourne par le sud, du côté de Hayzgar, d'où la route porte jusqu'aux marchés de l'est.