Les Lierres-Ailés

Résumé : Les Lierres-Ailés sont l'ordre des messagers d'Anfajar. Ils tiennent un réseau de colombiers et de relais qui court sur tout le sous-continent, de Maître-Nid en capitale, et portent sous sceau ce que les cours s'écrivent, à commencer par les verdicts de Devadaham. Le lierre monte sur tous les murs et l'on s'y habitue au point de l'oublier : l'ordre a pris son nom là.

Les oiseaux

L'ordre dresse chaque oiseau pour un service, et le prix suit la rareté de la bête : le pigeon pour la lettre, le corbeau pour la parole, le perroquet pour la conversation, le hibou pour ce qui doit passer sans être vu.

Les pigeons

Un pigeon rentre au colombier où il est né, et c'est toute la mécanique de l'ordre : chaque colombier garde des oiseaux nés ailleurs, qu'on a fait voyager en cage, par la route, dans un sens comme dans l'autre, pour qu'ils reviennent seuls avec une lettre. Sur l'axe de la Grande Caravane, c'est elle qui les porte, au titre d'un contrat particulier passé avec la corporation. Le colombier de Devadaham loge ainsi des pigeons de Siquivorn, d'Arkhazem, de Skjorren et des autres capitales, et chacune d'elles garde des pigeons nés dans la cité. Une réponse met deux jours là où un cavalier en met vingt, et la cité arbitre les différends des royaumes à ce rythme-là.

Les corbeaux

Pour ce qui vaut mieux que du papier, l'ordre a ses grands corbeaux. L'oiseau retient la phrase qu'on lui dit, vole jusqu'au lieu qu'on lui nomme et la répète à la personne qu'on lui a désignée, avec le ton ; rien à voler en chemin, rien à lire, et rien qui reste une fois dit. Un corbeau qui s'y prête, c'est un par nichée, et des années avant qu'il parle juste, si bien que le service se paie au prix d'un cheval par message. Il va seulement là où un Lierre l'a déjà mené, à deux ou trois jours de vol dans un sens, ce qui fait quelque trois cents kilomètres à la ronde d'un Nid ou d'un colombier ; au-delà, c'est le pigeon et la lettre.

Les perroquets

À Brival, où le climat le permet, l'ordre tient aussi des perroquets, au colombier de Calmorra. L'oiseau retient un dialogue entier et le rend avec les voix, mais il vole une journée au plus, de la capitale à Fort Perdora ou aux salines de la côte, et le froid du plateau le tue : c'est un messager de salon, que la dogaresse et les maisons de commerce paient plus cher encore qu'un corbeau, et qu'on chauffe l'hiver.

Les messagers de l'ombre

Les messagers de l'ombre sont des hiboux et des chouettes qui portent une lettre la nuit. L'oiseau vole sans un bruit, se fond dans le noir et se pose où on l'attend, à une fenêtre ou sur un toit, et il est presque impossible à repérer tant qu'il vole ; en échange, il couvre de courtes distances, d'un quartier à l'autre ou d'une ville à sa campagne, et rentre avant l'aube. Les Affranchis de Perdora en sont les plus fidèles clients, et le colombier de Fort Perdora en tient plus que de pigeons.

Le colombier de Devadaham

Le siège de l'ordre est le colombier du quartier de Ziven, à Devadaham, contre l'autel du dieu. Les grands prêtres y déposent leurs verdicts sous le sceau de la cité, les Lierres y ajoutent le leur, une plume d'argent sur cire grise, et l'oiseau part. Les lettres qui arrivent sont lues d'abord par leur destinataire ; ce que les messagers entendent autour, dans les antichambres où ils attendent la réponse, remonte au colombier par le même vent. L'ordre garde pour lui ce qu'il apprend et le prête à la cité : c'est une part de ce qui fait la justesse de ses arbitrages, et les cours le savent, ce qui les rend polies avec les messagers.

La plume d'argent

Le sceau de l'ordre vaut engagement : une plume intacte dit que la lettre est arrivée telle qu'elle est partie, et le destinataire qui la trouve rompue sait que quelqu'un, quelque part, y voit trouble depuis. Les relais eux-mêmes sont tenus au secret ; un Lierre-Ailé qui ouvre une lettre est rendu au Nid, et son nom sort du registre.

Les pistes et les ballons

Le réseau a ses trous. Sur le plateau, les tribus d'Edravorn préfèrent leurs cavaliers des pistes d'Hurlevent, et l'ordre s'y arrête aux portes d'Arkhazem ; à Passimgodir, les jours où le vent le permet, la ligne de montgolfières emporte aussi du courrier, et l'ordre y tient un colombier pour tous les autres jours. Là où le vent tombe, c'est le pigeon qui monte.