Les sorcières de Nyota

Les sorcières de Nyota forment un cercle secret de magiciennes et d'ensorceleuses, réservé aux femmes. Son existence est connue de tous, et tout le reste se dérobe : la manière d'y entrer, les lieux où il se réunit et les noms de celles qui en sont restent secrets. C'est justement ce qui en fait un sujet de conversation inépuisable.

Le nom sous lequel on le connaît est un surnom péjoratif, né de la jalousie. C'est le public qui l'a rattaché à Nyota, et ce rattachement reste une supposition : sur ce point comme sur les autres, le cercle garde le silence.

L'éviction des hommes

Le cercle a compté des hommes, autrefois, et les en a évincés il y a six ou sept siècles. Les circonstances en sont restées floues, et chaque salon tient sa propre version de l'affaire, qu'il défend contre celles des autres : on s'y dispute la date, les raisons et la manière. Toutes se rejoignent sur l'issue : depuis, les hommes en sont tenus dehors.

Les salons d'Arkhazem et de Siquivorn

On commente beaucoup le cercle dans les salons d'Arkhazem et de Siquivorn, où chacun croit savoir en reconnaître les membres. Elles se reconnaîtraient entre elles à un vocabulaire précis, et l'on y guette la tournure qui trahirait l'une d'elles. Les magiciennes célibataires sont soupçonnées : on leur prête de ne se marier qu'à contrecœur. Les couples de femmes attirent le même soupçon, à la campagne surtout. Dès qu'une femme occupe un poste de pouvoir, on murmure qu'elle le doit au cercle, par cooptation ou par népotisme. Toutes les prêtresses de Nyota sont soupçonnées, à tort ou à raison.

Des mages de la guilde d'Arkhazem en seraient, dit-on encore, et la guilde laisse dire. C'est à Arkhazem aussi qu'on tient une femme enceinte pour une excellente enchanteresse. Certains salons attribuent enfin au cercle la forge d'Igalnyota, le diadème qu'on appelle la lumière de Nyota.

Les interventions

Il arrive que le cercle agisse au grand jour, ou du moins qu'on le croie. Une femme en difficulté trouve un appui inespéré, une affaire mal engagée tourne en sa faveur, et l'on y voit la main des sorcières. Le cercle se ferait ainsi, par moments, contre-pouvoir. Règle ou hasard, la question reste ouverte, et elle nourrit les salons autant que le reste.